Paris : La capitale des sans-abris

3552 sans abris ont été recensés dans la capitale en 2020

Avec une couverture au dessus d'un vélo, la personne se abrite dans une entrée de garage, 9ème Arrondissement de la capitale françaises.
Paris, 9ème arrondissement – un petit espace éphémère (Urbanauth / 2019)

Paris. Capitale des sans-abris. Lors de la Nuit de la solidarité annuelle à Paris entre janvier et février, des bénévoles sont dans la rue pendant une nuit pour compter les personnes sans domicile et, dans la mesure du possible, les interroger sur leur situation de vie. Organisée par la ville et en partenariat avec diverses associations et citoyens se cette action permet principalement de connaître les différents profils et zones de sans-abrisme.

Introduit en 2018, une des rares références sur le sans-abrisme dans la capitale française, qui suit une méthodologie. Outre le recensement, il tente également de comprendre les besoins et le parcours des personnes concernées, ainsi que la localisation géographique de leur logement. l’APUR, l’Autorité parisienne de l’urbanisme, a publié son étude sur la 2ème Nuit de la solidarité (2019) en décembre. Urbanauth y a jeté un coup d’œil pour vous.

3641 personnes sans-abri ont été comptées 2019 en une nuit dans les rues

L’étude ne pouvait compter que dans les endroits accessibles. Par conséquent, elle a exclu les zones de petite ceinture ou les parcs et les occupations silencieuses. Sont également invisibles dans les statistiques toutes les personnes qui font du “couchsurfing” et qui dorment dans des réseaux de solidarité. En outre, seuls 2000 des 3600 sans-abris de l’étude ont reçu le questionnaire. Environ la moitié des personnes interrogées ont répondu par une réponse complète ou partielle.

Les volontaires n’ont pas exclusivement compté les personnes dormant dans la rue, mais aussi celles qui se trouvaient dans des endroits tels que les gares de métro ou les parkings, mais non exhaustive. Ainsi, pour 2019, les statistiques comprenaient les poumons verts de la capitale, le Bois de Boulogne à l’ouest, le Bois de Vincennes à l’est, ainsi que la Colline au nord. Malheureusement, les chiffres ne sont pas définitifs, car le recensement n’a lieu qu’un seul jour. Les résultats peuvent donc varier et ne représentent pas le nombre absolu de sans-abri.

Les visages de l’itinérance dans la capitale des sans-abris

Des pigeons se rassemblent à un mètre de l'abri le long de l'immeuble.
Un abri de fortune entre le mur d’un bâtiment et un boîtier électrique dans le 17ème Arrondissement (Urbanauth/2019)

L’étude porte principalement sur le sexe, les tranches d’âge et le fait que la personne ait été rencontrée individuellement ou en groupe. Les observations secondaires ont porté sur la grossesse, les familles, les mineurs/enfants et les compagnons d’animaux. L’étude a tenté d’identifier les formes de sans-abrisme parmi les personnes interrogées et de comprendre leur situation de vie.

Au total, 36% des personnes recensées sont sans domicile fixe depuis moins d’un an. Avec une proportion 10 %, les jeunes (> 25 ans) appartiennent à un groupe particulièrement vulnérable. Ils sont par exemple les moins informés des services sociaux tels que les centres d’hébergement d’urgence, les prestations sociales, l’accompagnement des travailleurs sociaux. De plus, les jeunes sont généralement arrivés à Paris sans aucun logement. C’est pourquoi ce groupe est temporairement sans abri et ils ont tendance à se concentrer dans le 18ème arrondissement. Ils font également partie de ceux qui ont tendance à ne pas avoir d’endroit habituel pour dormir. Contrairement à ceux qui vivent dans la rue depuis longtemps.

Pour les personnes interrogées, les raisons du sans-abrisme étaient principalement leur arrivée dans la capitale sans logement, suivie de coups du sort, de séparations et d’expulsions. 14 % des personnes interrogées étaient des femmes, la plus forte proportion de femmes se situant dans les tranches d’âge de moins de 25 ans et de plus de 55 ans. Ces femmes restent le plus souvent en groupe et changent fréquemment de lieu de couchage. Pour elles et les moins de 25 ans, il est le plus dangereux d’être sans abri.

Le hotspot se situé au nord-est de Paris

Répartition du sans-abrisme par arrondissements (carte : APUR / 2019)

À l’exception du 15ème district dans le sud-ouest, la plus forte concentration de sans-abri se trouve dans le nord-est. Le 18e district abrite le groupe le plus important, avec 507 personnes vivant dans la rue, avec un segment supplémentaire de 105 résidents de la “Colline”, une colline notoire au carrefour de l’autoroute connue comme problème humanitaire. Le village de tentes de la Porte de la Chapelle, où des réfugiés et des drogués au crack vivent dans des tentes sur la bordure verte à côté de l’autoroute et qui est régulièrement évacué. Cependant, en l’absence de mesures sous forme d’hébergement et de perspectives, de nouvelles personnes s’installent constamment. Néanmoins ces espaces urbains comme la colline ne cessent de réapparaître, se déplaçant ou réappropriant les lieux une fois plus gardés par les forces de l’ordre.

La dissolution de campements de toxicomanes et de réfugiés en automne 2019 et tout le long de l’année a contribué à la répartition de ces personnes sur une plus grande surface dans le nord. Par exemple vers des lieux publics du nord, comme le Canal de l’Ourcq, le Jardin d’Éole ou la Porte d’Aubervilliers. 2017 / 2018 il y avait aussi un immense campement de tentes, qui s’étendait du canal au quai Valmy jusqu’à la banlieue de Saint Denis, et un campement Sinti et Roma sur la Petite Ceinture entre la Porte Clignancourt et la Porte de la Chapelle. Ces deux occupations spatiales ont depuis été évacuées, ce qui pourrait avoir entraîné une redistribution vers le nord de Paris et les banlieues voisines comme Bobigny, Pantin et La Courneuve.

Au sud, en bordure du 18ème arrondissement, se trouvent les 9ème et 10ème arrondissements avec une population de 110 et 359 personnes. Après le 19ème (466), le 11ème (176), le 20ème (156) et se termine par le 12ème arrondissement (369). Cette dernière présente 167 sans-abri supplémentaires qui se sont réfugiés dans la forêt de Vincennes. La concentration d’une forte proportion de sans-abri est en corrélation avec les quartiers dits populaires. Ces quartiers présentent une grande diversité culturelle, mais aussi une forte proportion de logements sociaux et de pauvreté. Par rapport à l’année précédente, on observe un exode des 9ème et 10ème arrondissements vers le nord.

On note une diminution du nombre de sans-abri dans ces districts, tandis qu’une augmentation significative a eu lieu dans les 18ème et 19ème districts. Dans cette zone, on a compté davantage de groupes de jeunes, qui sont les plus fortement représentés dans les deux zones. La masse des sans-abri diminue dans la partie sud-ouest de la ville et présente un profil de personne mitigée. Le 16ème arrondissement, considéré comme un quartier très bourgeois, est voisin de la banlieue de Boulogne, tout aussi riche. Quelques sans-abri ont été recensés dans la forêt de Boulogne, bien que celle-ci soit beaucoup moins importante que la ” Colline ” ou la forêt de Vincennes. Cette dernière est située à l’est et borde le 13ème arrondissement, qui connaît également un certain sans-abrisme.

L’axe nord-sud à l’ouest et la ceinture au centre du 2ème au 8ème arrondissement se distinguent par leur faible nombre de sans-abri. Ce-ci correspondent aux beaux quartiers. Le nombre de sans-abrisme y étaient bien plus bas contraire aux quartiers populaires. Ceci est dû d’un déploiement d’effectifs plus importants pour garder les espaces. Ainsi Urbanauth avait observé une évacuation d’un refuge de Sinti et Roma sur une ligne de chemin de fer inutilisée au Pont Cardinet dans le 17ème Arrondissement en 2017.

Cette année, la Nuit de la solidarité c’est déroulé le 30 janvier 2020. Tout le monde peut s’inscrire ici en tant que bénévole.

-Article actualisé le 31.01.2020
– Article actualisé le 04.03.2020 Nombre de sans abris à Paris 2020 (FranceBleu)

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