Paris : Quand la rue se fait entendre – Black Lines et les Gilets Jaunes

Streetart-mural. On a length of 10 meters the french artist Vince realized a hand holding a huge sign. On it written stands: Auto-Censure.

Le mouvement des Gilets Jaunes a un fort besoin de s’exprimer. Qu’il s’agisse de manifestations avec des signes et des déguisements colorés – ou encore de tags sur les murs. La scène graffiti profite bien sûr de l’occasion pour se faire entendre dans la rue, et c’est ainsi que divers artistes se sont rencontrés dans la communauté Black Lines pour créer des murs socialement critiques dans le contexte des gilets jaunes. Le jam-graffiti a eu lieu en mai sur la rue Ordener dans le 18e arrondissement au nord de Paris.

Au début de l’année, Black Lines avait déjà sorti un premier mur avec différents artistes. A cette époque, le thème principal était “hiver jaune”. Cependant, l’administration du 19e arrondissement a réagi rapidement et a fait repeindre le mur en gris. La fresque montrant le boxeur Christophe Dettinger, réalisée par l’artiste Skalp, est l’un des tableaux qui a suscité la controverse à l’époque. Dettinger avait repoussé la police sur un pont à Paris avec des coups de poing.

Est-ce qu’il y a une sorte de complot ici ? Les Black Lines se rencontrent à nouveau à l’Ordener.

L’action de la ville est cependant perçue par les artistes comme une censure. Il est clair que les artistes ne toléreront pas cela – et c’est la voie à suivre pour le prochain tour. Dans la fresque de Monsieur Plume /RC/OTM, des personnages recouverts de noir se rassemblent autour d’une table sur laquelle se trouve un livre rouge qu’une personne semble tenter de prendre. Le regroupement des figures masquées noires donne l’impression qu’une conspiration est en cours. À gauche, une bombe à aérosol isolée sur la table, à droite un homme masqué avec une batte est assis à côté d’une personne debout qui prend le plancher. On ne sait pas de quoi ces gens discutent. En revanche, le thème principal de la Black Lines Edition se distingue clairement : la censure et la liberté d’expression. Également présents : Slyz, bricedu, Torpe et Vince.

La Violence

Les graffeurs sortent les bombes – l’état sort le Karcher.”

La violence récurrente est un grand sujet parmi les militants de ce mouvement social. L’artiste Slyze (à droite) s’y réfère avec sa création, une photo d’après Bsaz. La photo montre un policier qui semble avoir frappé un manifestant avec un gourdin. “Résistance” est écrit sur son dos. La banderole rouge en arrière-plan, qui s’élève devant des nuages noirs de fumée, dit : “Les tagueurs sortent les bombes de peinture” – Un appel à tremper la ville dans la peinture et à désobéir ? En combinaison avec l’acte de violence dans l’image, l’allusion au dispositif de nettoyage à haute pression peut sembler déconcertant.

Le fait est que des équipes de nettoyage se chargent du nettoyage dans les heures qui suivent les grandes manifestations. Comme ce fut le cas le 1er mai, lorsque des cartouches de grenades vides des Flashbangs (GLI-F4) des cartouches de gaz lacrymogène, ainsi que des balles en caoutchouc, ont été nettoyées en tout premier. Viennent ensuite les transporteurs dans lesquels les montagnes de déchets sont ramassées. Le lendemain, les premiers taggs disparaissent des murs et des paravents en bois des magasins et forment des motifs patchwork dans la façade. Certaines rues sont maintenues si propres qu’après quelques jours, toute trace d’appropriation de l’espace disparaît. Urbanauth a pu voir le Kärcher en action le dimanche après le 16 mars, lorsque des convois de nettoyeurs ont tenté de réparer les dégâts aux Champs-Elysées à l’hâte.

La photo de gauche représente Marianne, conçue par l’artiste Torpe. La Marianne est une figure symbolique de la Révolution française. Son visage sinistre, le drapeau français dans une main et un fusil dans l’autre, elle se retrouve entourée de journalistes. Ils l’harcelènt de questions : “C’est actes violence, les condamnez-vous ? “Les autorités, les condamnent-vous ?” “Condamnez la violence”.

Ce travail sociocritique peut être compris comme une représentation de la pression publique sur les manifestants. Marianne, qui aime la liberté, se retrouve tourmentée et doit se justifier auprès de la presse pour cette violence. Ainsi, selon elle, la violence la plus grave vient de l’État même, sous forme de violence physique : pendant les manifestations ou dans les banlieues, mais aussi sous forme psychologique : Comme la réduction des prestations de sécurité sociale et des retraites ou la fermeture de lieux publics et le sentiment de ne pas être entendu par les hommes politiques.

Les médias

Autocensure – en extra large – pour que personne ne puisse l’ignorer

Dans le chef-d’œuvre du sprayeur parisien Vince, deux mains tiennent un panneau rouge d’une longueur de dix mètres sur lequel est écrit “autocensure”. La phrase ci-dessous dite : “Cette fois, l’administration municipale ne la fera pas disparaître…” qui fait allusion à l’administration municipale qui a repeint le mur en gris après la dernière réunion de Black Lines. En bas dans le coin droit, le graffeur a écrit dans un ton sarcastique : “Enrichi par le contrôle social”.
Dans la série d’images, nous pouvons voir la teille complète de la fresque. En haut, il est précisé : “Sans l’effet Barbara Streisand – c’est garanti”. L’effet Barbara Streisand est une information indésirable, dont les tentatives de dissimulation ne font que rendre l’information d’autant plus connue. Cet effet n’est pas nécessaire pour cette œuvre d’art, car les passants réagissent tous sauf indifférents. Ils profitent de l’occasion pour se prendre en photo d’eux avec “l’autocensure”.

Le comportement des médias à l’égard du mouvement social est également fortement critiqué. Alors que les émeutes contre les policiers tendent à être au centre de l’attention des médias, les actes de violence contre les manifestants sont beaucoup moins abordés. Le journaliste indépendant David Dufresne recueille des témoignages et du matériel vidéo sur la violence policière depuis le début du mouvement Gilets-Jaunes. Il a recensé 803 violations fin mai. Le nombre de blessés depuis novembre dépasse désormais la barre des 2000.

Une femme passe devant le Graffiti-Wall de la rue Ordener dans le XVIIIème arrondissement de Paris.

“Les Medias vivent quand la rue meurt. C’est une info, pas une rumeur!”

La femme sur la photo – où va-t-elle en ce moment ? – passe devant un téléviseur. Une minuterie indique les chiffres 13:12, tandis que les fils électriques à côté du bol mènent aux barres de dynamite. L’appareil contient trois carottes avec des plaques identificatoires en dessous : Une est dédiée à TF1, qui appartient au groupe Bouygues, une à CNEWS, qui est liée au groupe Bolloré, et la dernière à BFM(-TV). Ces trois chaînes de télévision appartiennent à des investisseurs privés. Parmi eux, la crème de la crème de l’élite économique française : Vincent Bolloré, Martin Bouygues….

Ce n’est pas pour rien qu’une inscription en haut de la page dit : “Les médias vivent quand la rue meurt. C’est de l’information. Pas de rumeur !” Car si les samedis des émeutes du 1er, 8 décembre 2018 et 16 mars 2019, les chiffres d’audience des chaînes de télévision ont franchi le plafond et que les présentateurs se sont échauffés, il faut noter que tous les médias ne sont pas détestés. En effet, les Gilets Jaunes respectent les journalistes indépendants intimidés par l’État. Nous en avons fait rapport.

Qu’adviendra-t-il de la liberté d’expression et de la liberté de la presse ?

Le panneau “Place à la liberté d’expression” est entouré de barbelés sur l’image de gauche. Deux caméras de surveillance montrent symboliquement la surveillance croissante, tandis qu’un petit ours souriant de façon espiègle est assis sous le panneau et tient une grenade dans sa main. En tant que spectateur, on est tenté de se poser la question de savoir quand la grenade pourrait exploser.

La guillotine, une invention de la Révolution française, est une hache avec laquelle le roi Louis XVI fut décapité. Sur l’image de gauche, il est pointé vers un crayon portant le nom de l’association organisatrice. Alors que le premier graffiti a été peint en gris par l’administration municipale sous la devise “Hiver Jaune“, le dernier graffiti a été consacré à la liberté d’expression.

Les artistes ont été attaqués en leur honneur – mais l’insatisfaction n’est pas seulement remarquée de la part de la scène graffiti. Dans une lettre ouverte début mai, le collectif YellowSubmarine a appelé à la solidarité avec les mouvements de protestation sociale et à ne pas détourner le regard aux actes de violence. Le collectif est composé d’artistes de diverses disciplines. Leur pétition compte désormais plus de 26 000 signatures.

Quelqu’un est bien en colère. 600 millilitres de jaune plein dans la figure.

Et même l’artiste, qui est probablement Koz1, semble avoir perdu patience avec l’État. Dans des vêtements hip-hop, son singe en colère fourre dans la bouche d’un président caricaturé une bombe de 600 millilitres – bien sûr en jaune fluo. Le graffiti “GJ” à l’arrière-plan, les initiales du mouvement. Sur la cravate détachée de l’homme d’État maltraité : “L’art est public. En marche arrière.” Cette dernière phrase contraste avec le nom du parti au pouvoir : “La République en marche” (/LREM). Une déclaration qui pourrait être liée à des mesures de réduction budgétaire dans les domaines de l’éducation et de la culture, ainsi qu’à une dégradation perçue des conditions de travail.

Mais…

…quelqu’un a encore un mot de plus à taguer

Graffiti ? Gilets jaunes ? – Okay

Mais ici ? – Mauvaise adresse

TPK, entre autres connu sous le nom de The Poor Kids – l’une des crews de graffiti les plus célèbres de la capitale française, n’était pas entièrement d’accord avec Black Lines. Les membres de cette équipe : Relax, Craze, Eby, Keas, Keas, Blod, eyome, Knyze, dkc l’ont montré quelques jours après l’événement. Le Hall of Fame de la rue Ordener est connu pour appartenir aux equipes de taguers établies depuis longtemps. Les blanc-becs et les étrangers ne sont pas bien vus. Même si la scène graffiti est proche du mouvement Gilets-Jaunes car la foule imprévisible cache les tagueurs. Et même si la ville devient pour eux un terrain de jeu le samedi, les murs de la rue Ordener sont d’une grande importance pour ces équipes établies. Correspondant au sujet la première image montre une œuvre peinte en jaune et dans un style bouillonné. Le message dit : “La révolution est la révélation à l’horizon”.

Dans la deuxième image, la déclaration de l’artiste Adam Yuul a également été épargnée. En rouge, il met en garde contre trois épidémies : Castagnitis, Rugyole et Pénicose. La première fait référence à Christophe Castagner, ministre de l’Intérieur et chef du parti LREM, et les deux autres au ministre de l’Environnement, François de Rugy, et Muriel Pénicaud, ministre du Travail. En rapport avec les revendications :
L’Intérieur – qui évoque la violence policière, les détentions provisoires.
L’écologie – que Macron a promue sans succès dans son programme électoral.
Le travail – l’un des motifs fondamentaux de la création des Gilets Jaunes est la baisse du pouvoir d’achat ainsi que les salaires et les grandes différences structurelles dans le pays.
La fresque peut être comprise comme une critique de l’orientation économique néolibérale du parti au pouvoir. Pour cette raison, l’artiste prévient finalement de ne pas quitter la maison sans la veste jaune.

L’article est disponible en anglais et allemand. Les images ont été prises par Urbanauth.

Dublin : Crise de logement? Les initiatives répondent

Protesters of the Take Back the City Dublin movement are walking down the street. A girl is holding a megaphone. The activists militate for a right to housing.

Irlande. Les logements inoccupés,  loyers élevés et marchands de sommeil poussent de plus en plus de gens à devenir sans-abri. Dublin est particulièrement touchée. Cet été, diverses initiatives populaires ont commencé à émerge et à attirer l’attention sur la crise du logement. Le contexte d’un été d’occupations.

Wiliam Murphy, photographe de Dublin, a vécu en 1979 à San José en Californie, lorsqu’il s’est rendu pour un week-end à San Franscico  et qu’il a vu pour la première fois de sa vie de personnes sans-abris.

Un état choquant et inhabituel pour le photographe car en 1970, son pays de naissance, l’Irlande, garantissait aux gens un toit au-dessus de leur tête. Des nombreux de ses collègues vivaient à Cremlin, à Bellyfermon et à Cabra. Les HLM était en bon état et entretenu. Mais cela changat lorsque l’Etat avait cédé la construction et l’entretien des logements sociaux au secteur privé.

Portobello, Dublin 2, Richmondstreet South- Un quartier avec de nombreuses maisons en ruines. Certains d’entre eux sont occupés temporairement. La photo montre une cour où se trouvent des marchés alimentaires et où sont mises à disposition des murs pour des graffeurs. (Photo : William Murphy / CC BY-SA 2.0)

Après son retour à Dublin en 2007, il a commencé à remarquer le nombre croissant de personnes dormant au centre de la ville, devant les magasins. Dans son environnement professionnel, ses collègues de travail ne le croyaient pas ou prétendaient qu’ils étaient des toxicomanes. Mais depuis, le problème s’est aggravé à un tel point qu’il n’est plus possible d’ignorer le problème des sans-abris.

Grâce à son expérience à l’étranger, Murphy fait des parallèles avec la situation du logement entre San Franscico et Dublin. Selon lui, les deux villes ne sont pas abordables pour la majorité de la population.
L’une des raisons est que seuls les employés du secteur de la haute technologie peuvent s’offrir de nouveaux appartements.
Le problème actuel des sans-abri lui laisse un goût amer. D’autant plus qu’il y a 5 ans, il a lui-même été affecté par un paiement hypothécaire qu’il avait beaucoup de mal à rembourser. Avec son appareil photo, Murphy capture les rues du Dublin d’aujourd’hui.

Lorsque j’étais à Dublin au début du mois de juillet (2018), trois faits ont retenu mon attention : premièrement, les nombreux touristes et étudiants en langues qui ont mené une vie exubérante entre cours d’anglais et vie nocturne. D’autre part, le nombre élevé de sans-abri en contraste avec le nombre de maisons vides et barricadées.

Bâtiments vacants à perte de vue – Ardee Street, Dublin 8 (Photo par William Murphy / CC BY-SA 2.0)

 

Selon les enquêtes gouvernementales et caritatives de “Focus Ireland“, le nombre de sans-abri en Irlande en 2014 était d’un peu moins de 4.000, atteignant près de 10.000 quatre ans plus tard.
Les particuliers et les familles des locataires privés y sont le plus concernés. En octobre, 1 700 familles, dont 3 725 enfants, se sont rendues dans des logements d’urgence.

Mais le nombre de cas non signalés est probablement beaucoup plus élevé, car de nombreuses personnes sont recueillies par leurs amis et leur entourage ( – couchsurfing). Toutefois, ces personnes ne sont pas enregistrées dans les statistiques.

La crise du logement n’a cessé de s’aggraver depuis la crise économique de 2008. L’une des raisons en est la décision législative de réduire les fonds de logement social de 72% entre la crise de 2008 et 2014 et de compter sur les propriétaires privés. De ce fait,le budget est passé de 1,34 milliard à 390 millions.

Pas d’appartements en dépit des nombreuses maisons inoccupées

Action d’affichage des “Irish Housing Networks” (Photo par : Irish Housing Network)

“Honte à vous – cela pourrait être un abri

 

En 2015, le “Dublin Inquierer” a produit une première carte incomplète des bâtiments vides et enregistrât un nombre de 389 unités vides.

La vacance est facile à voir – entre les fenêtres barricadées, les façades délabrées et les hautes barrières. L’année suivante, lorsque la “Housing Agency” a publié un rapport sur les logements inoccupés à Dublin, 38.000 logements vides ont été répertoriés. Selon “The Guardian“, le nombre de logements inoccupés est tombé dès-lors à 30 000 d’ici 2018, mais le nombre de personnes sans domicile fixe a néanmoins augmenté.

Des citoyens n’admettent pas leur défaite et commencent à faire valoir leurs plaintes avec des méthodes créatives. Issu des grasroot movements, l'”Irish Housing Network” (IHN), une association regroupant 14 initiatives locales qui prônent un logement abordable et vivable. Au cours de l’été, ils ont demandé que les logements non occupés dans toute l’Irlande soient signalés par des affiches jaunes. Sur fond jaune, la silhouette d’une famille sous un toit et le lettrage : “Honte à vous – cela pourrait être un abri“.

Le problème des immeubles vides, soit en état désastreux et depuis des années en attente de rénovation, soit inutilisés pour des raisons spéculatives, laisse monter les loyers à Dublin. Une ville lucratif pour les requins de l’immobilier qui font grimper les prix à l’aide des logements inoccupés. Le coût de la vie à Dublin en 2016 était à une position derrière Paris en comparaison avec les villes européennes les plus chères.

Des fournisseurs comme AirBnB enlèvent également l’espace de vie aux irlandais, puisque les propriétaires n’ont pas à respecter la loi classique sur les baux d’habitation et profitent d’une marge élevée. En tant que ville universitaire et d’écoles de langues,  Dublin est particulièrement touchée par cette situation. Mais les 1300 appartements de vacances et les 1100 chambres répertoriés par InsideAirBnB ne sont que la pointe de l’iceberg.

Dans les griffes des “Marchands de sommeil” irlandais

Les propriétaires particulièrement malveillants sont traités d’usurpateurs dans l’usage linguistique sous le terme de ” slumlords “. Il sont la version irlandaise des marchands de sommeil. Ces propriétaires louant des chambres de six à huit lits pour un montant pouvant atteigne 450 euros et plus par personne. Dortoirs de misère et localités non entretenus, les victimes sont surtout des personnes en situation précaire, qui n’ont pas la possibilité de se défendre.

Ceux qui se retrouvent dans une location aussi douteuse, voient rarement le registre de location prescrit par la loi. Dans ce document, les données personnelles du propriétaire doivent être notées, ainsi qu’une liste des prix des loyers précédents apparaissent. Il vise à protéger les locataires contre toute forme d’arbitraire, mais en l’absence d’une application rigoureuse, cette règle n’est pas respectée dans de nombreux cas. Les personnes concernées se trouvent dans un dilemme parce qu’elles dépendent du logement et n’ont pas toujours les moyens de faire valoir leurs droits.

Une petite enquête Twitter (non représentative) menée par le “Dublin Central Housing Action“, qui soutient les personnes ayant besoin d’un logement et appartient au mouvement “TBYCDUblin” (“Take Back Your City Dublin”), a révélé que 87% des 650 répondants n’avaient pas vu de registre de location :

Lutte contre la misère d’hébergement

Slumleaks“, un collectif de personnes affectées s’est réuni sous le thème : “Exposing Irish Slumlords” et rapporte régulièrement sur le harcèlement, les menaces de violence et les expulsions par des propriétaires peu scrupuleux. Le cas Paul Howard Tenant#1 donne un aperçu de la vie quotidienne de Paul Howard, un propriétaire sans scrupule :

Les six locataires du Mountjoy Square à Dublin se retrouvaient soudainement à la rue fin 2018 lorsqu’ils ont été expulsés de leur appartement, le 13 décembre. Le propriétaire avait changé la serrure de la porte d’entrée et avait mis tous leurs biens dans des sacs en plastique dans la rue. Auparavant, ils avaient intenté une action en justice contre leur propriétaire. L’état de l’appartement, avec une fenêtre cassée et des moisissures sur les murs, ainsi que l’augmentation arbitraire du loyer de 650 à 750 euros, était devenu insupportable. L’expulsion, ayant eu lieu en hiver, est classée illégale par le collectif “Slumleaks”.

C’est ainsi que l’une des personnes concernées de Mountjoy Square a raconté à Slumleaks : “Chaque mois, nous collectons ensemble notre loyer et Paul Howard ou un de ses amis vient le chercher – au total 4200 € en espèces. Parfois, il nous demande aussi d’apporter le loyer directement à sa laverie au 60, rue Talbot.”

 

La réponse de Dublin à la crise : #occupy

“Homes not Hostels – Action directe pour attirer l’attention sur la misère de logement. (Photo par : Opendemocracy)

Les militants des mouvements de base utilisent des méthodes d’action directe pour attirer l’attention sur le mécontentement. Les affiches et les campagnes de bannières, ainsi que la distribution de repas régulière et les occupations temporaires, sont des actions menées par des activistes déterminés. L’action directe, qui peut aussi être comprise comme synonyme de désobéissance civile, décrit les possibilités d’utiliser des approches pacifistes pour signaler les problèmes sociaux et initier des débats. Comme dans le cas de “Take Trinity Back”, une manifestation étudiante qui a éclaté en mars :

La direction du Trinity College avait l’intention d’introduire des frais supplémentaires de 450 euros pour repasser les examens. Les étudiants en réponse ont protestés et occupés la salle à manger historique pendant trois jours. Lorsque l’occupation a été dissoute, 1000 étudiants sont venus encourager leurs camarades. La direction de l’université a dû prendre une position conciliante et renonçât à son plan initiale.

L’occupation du bâtiment de l’université avait crée un effet domino… Le printemps était terminé, mais d’autres conflits ne tardaient pas à venir…

 

Le début d’un été d’occupations

Mai. A quelques blocs de Mountjoy Square : Les résidents de cinq maisons de Summerhill Parade 33-39, Dublin 1, sont expulsés de leurs chambres. Ces dernières, de majorité d’origine brésilienne, partageaient le logement avec une vingtaine d’autres personnes par maison mitoyenne, et n’ont pas été en mesure de nommer le propriétaire des maisons dans une interview avec le “Irish Times”. Les résidents ont été soutenus par diverses initiatives locales, dont le “Dublin Central Housing Action”, “Take back Trinity”, “Brazilian Left Front” et quatre autres mouvements locaux.

7 août – En signe de protestation, les groupes commencent à occuper la Summerhill Parade, 35 afin d’attirer l’attention sur les problèmes de logement locaux.

Depuis des mois, le “Dublin Central Housing Action” organise une campagne sur Facebook contre Pat’ODonnel et son fonds d’investissement, le “Co Ltd Retirement and Death Benefit Plan” – un fonds de pension de 67 participants. Début août, un porte-parole a déclaré au Irish Times que les ODonnels n’étaient pas propriétaires des propriétés de la Summerhill Parade. Cependant, à la mi-août, Pat’ODonnel a intenté une poursuite contre les occupants au nom de son fonds.

La vidéo annonce officiellement l’occupation. Dans une section, un activiste revendique le droit de préemption de la ville :

“Assez, c’est assez.
Pat O’Donnel ne devrait plus posséder ces maisons.
Augmentation des loyers, expulsions, mauvaises conditions de logement, personnes vivant dans des maisons surpeuplées sur des lits superposés, séjournant dans des foyers et des hôtels ou dans la rue. Nous entendons tous les jours de quelqu’un qui est affecté par ces circonstances.
Mais il n’y a pas de volonté politique réelle et significative pour s’attaquer à la crise du logement. Nous demandons que les propriétés de Pat’Odonnel à Summerhill Parade soient achetées par la ville et mises à la disposition de la population locale.”

 

17 août – Le tribunal a décidé en faveur de l’expulsion. Les paroles sont ignorées et dix jours plus tard, ils quittent le bâtiment en manifestation. Mais après 750 mètres et quelques virages plus loin, reprennent en possession une maison inoccupée depuis trois ans sur Frederick Street North 34, appartenant à une compagnie d’assurance.

25 août – A l’occasion de la visite du Pape François à Dublin, les militants proclament un “samedi d’action” où la maison est occupée que par des femmes et des enfants. Les activistes y voient un rappel à l’histoire car jusqu’à la fin du XXe siècle des parents isolés et leurs enfants ont dû faire du travail forcé dans les blanchisseries des Îles de la Madeleine. Un traumatisme populaire pour lequel l’État irlandais ne s’est excusé qu’en 2013 auprès de plus de 10 000 personnes.

Après 25 jours – l’expulsion

11 septembre – Deux semaines plus tôt, le tribunal avait de nouveau arbitré en faveur des propriétaires, mais la maison restait occupée. De plus en plus de citoyens soutiennent la TBYCDublin. Lorsqu’un mardi soir vers 19 heures, une camionnette sans plaque d’immatriculation apparaît. Des personnes masquées sortent de la voiture et tentent d’entrer dans la maison. Ces ” garde-côtes privés ” sont ensuite remplacés par le Gardai, la police locale.

Cinq des militants sont amenés au poste de police de la Store Street. Selon le journal “Thejournal“, qui a rapporté en détail l’expulsion, jusqu’à 100 manifestants se sont rassemblés devant la maison. Plus tard, la manifestation s’est déplacée à l’extérieur du poste de police, après quoi trois des militants ont été libérés.

En solidarité avec TBYCDublin, des occupations ont eu lieu dans toute l’Irlande, par exemple à Waterford, où des militants ont squatté pendant 24 heures un bâtiment vide dans la ville.

Un été touche à sa fin, mais la foi de résister reste vivante.

[L’article original a été écrit par Vincent. Traduction Charlotte. Contribution photo Wiliam Murphy.]